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DVD, Blu-Ray et leurs éditeurs. Alors oui, eux, comme les vendeurs de disques, se sont pris de plein fouet la concurrence du téléchargement tous azimuts. Il faut d'ailleurs
rappeler que le succès du film sur dvd ne doit rien au cinéma ni aux vendeurs habituels de télés et magnétoscopes, mais à une console de jeux video : la playstation 2, qui fut le véritable
cheval de Troie du marché du DVD ! Ces éditeurs souffrent d'un tir croisé : d'un côté un titre qui ne sort pas en salle a peu de notoriété, donc se vend peu. De l'autre le format DVD est d'une
bonne qualité, facilement copiable et transférable sur d'autre support sans perte (certains codec divx sont bluffants). Alors ils ne se sont pas contentés de participer au lobbying
"pro-riposte-graduée" car ils ont également obtenu la révision de la chronologie des médias, afin de gagner du temps sur les téléchargeurs irrespectueux en sortant plus tôt les titres sur dvd
(4 mois au lieu de 6 après la sortie en salles, apparemment). D'où aussi l'apparition d'un nouveau format de meilleure qualité, d'où cette course à la surenchère d'équipements et de
technologies pour tenter de distancer les contrefacteurs...
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Une profession envoie la moitié de ses membres au peloton d'éxécution. La Fédération Nationale des Cinémas Français est l'institution représentant les exploitants de salles de
cinéma. Elle est la chambre de tous les syndicats de la profession. Elle fut donc investie par la majorité supposée de ses membre de dire haut et fort aux politiques : "il nous faut des lois
contre le piratage sinon la profession meurt". Majorité supposée car je ne peux pas croire que les exploitants se trompent à ce point de combat. Ou décidément les syndicats les plus influents
ne sont qu'une succursale du medef conservatiste et incapable de se remettre en cause, tournant le dos à la règle la plus élémentaire du libéralisme : c'est le marché qui décide. Bref. En mars
la "riposte graduée" devrait être mise en place et la chronologie des médias revue et corrigée. La première mesure sera quasiment sans conséquence. La deuxième est une catastrophe et condamne
une bonne moitié des écrans français à se retrouver en concurrence directe et frontale avec "tous" les autres modes de diffusion du film : dvd, blu-ray, video à la demande, canal +, cable et
satellite. Si modifier la chronologie des médias semble légitime de la part des éditeurs videos, elle profite bien aux fournisseurs d'accès internet qui pourront eux aussi diffuser du film plus
tôt et ainsi accélérer la mise en place d'une offre légale de cinéma sur internet en partenariat avec les distributeurs et éditeurs. En quoi est-ce profitable à l'ensemble des salles de
cinéma ?
Cela ne fera qu'accroître les rapports de force actuels : les grands circuits et enseignes nationaux en mesure de proposer de la première exclusivité en permanence et en mesure de financer
le passage au numérique, face aux salles indépendantes, privées, associatives ou municipales qui seront écrasées par la double concurrence des salles de première exclusivité "numérique" et des
autres canaux de diffusion. Et ça c'est la majorité de la profession qui l'aurait réclamé à corps et à cris ??? Ajoutons à cela que les modèles économiques qui se mettent en place pour
l'équipement des salles en projecteurs numériques - via le vpf - vont aussi
renforcer les actuelles positions dominantes du côté des distributeurs, sans donner aux exploitants la moindre possibilité d'accéder plus facilement aux films ni aux petits distributeurs de
répondre plus efficacement aux sollicitations des salles, le principe de plan de sortie et du nombre de copies "physiques virtualisées" restant de rigueur. Le vrai combat ne se trouve-t-il pas
là, chers "collègues" ??? ©
<<contexte <<mensonges et... >>d'autres
voies
Par Coeur Noir
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Publié dans : cinéma
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Une remarque toutefois, au sujet de la chronologie des média.
J’ai bien noté que ta série de billets s’attachait à "sauver" les salles de cinéma, et effectivement il est peu probable que la réduction de la durée de leur exclusivité leur soit favorable (quoique : sans pouvoir le prouver on parle beaucoup du fait que la vision chez soi, grâce au téléchargement illégal, puisse motiver les gens à se déplacer en salles ; cf des films comme Taken, Wolverine ou Bienvenue chez les ch’tits). Mais je pense pas qu’il faille raisonner uniquement en termes de salle : c’est pas la salle qu’on sauve, c’est la possibilité de créer et de diffuser des films.
Oublions un temps le piratage, qui de toute façon est inévitable et concurrence de fait le film dès les débuts de son exploitation (même si on a vu que...).
En fait je ne pense pas que vidéo (au sens large) et salle soit si concurrentes que ça. Les deux ont des avantages suivant la situation de chacun, qui préférera du coup l’une ou l’autre. Exemple : je suis parisien et célibataire, donc avec un large choix en salle et pas de contrainte particulière, du coup même sans ma carte illimitée le prix d’une place de cinéma reste moins chère de l’achat d’un DVD (plus que la location cela dit, mais l’offre y est maigre) ; j’ai des amis banlieusards, mariés avec jeunes enfants, donc devant prendre la voiture et engager une baby-sitter pour se rendre en salle. Moi je vais en salle, mon ami achète ou loue le DVD. En l’état, sauf à les télécharger, il voit les films six mois après moi.
Les télés maintenant. Diffuser le film à la télé parallèlement à sa sortie salle se fait déjà, par Arte par exemple (c’était le cas pour L’Année de la jupe je crois) et c’est très rarement dommageable au film. Je sais pas trop ce que ça donnerait pour un blockbuster... encore moins pour une diffusion multi-rediffusée (sur Canal-sat par exemple)... dans le doute je m’abstiens.
En gros, réduire la chronologie des médias permettrait de prendre en compte les différents modes de consommation des films. Techniquement il est impossible, sauf sortie confidentielle (qui alors justement bénéficierait de canaux de diffusion parallèles), de garantir l’exclusivité d’exploitation de la salle.
Ce qui sauvera la salle c’est pas une crispation corporatiste sur ses privilèges. Je te renvoie à la conclusion de ta série d’article. Entre autres à « recréer les meilleures conditions de rencontre entre les films, les salles et les publics en n'étant pas seulement en attente des plans de sorties des majors ». Tiens donc. Ne pas être en attente des plans de sortie des majors, n’est-ce pas justement une rupture de la chronologie des média (prise au sens large) ? N’est-ce pas justement ne pas sortir un film parce qu’il est récent (et donc qu’on en a l’exclu) mais parce qu’il est cohérent avec notre démarche et qu’il correspond à une attente de notre public ?
Honnêtement j’ai pas de solution. Elle se trouve sans doute à arbitrer l'équilibre entre structures indépendantes et grands groupes, plutôt qu'entre réseaux de diffusion.
Alors il est probable que la part de la salle dans la diffusion des films baisse ou d’une manière générale ne soit pas bien haute. Après tout, à l’origine (ou presque) la salle était l’unique lieu de diffusion du cinéma. Puis il y a eu la télé, le magnétoscope,... L’exploitation en salle survivra en évoluant et en continuant à remplir son rôle, pas en défendant ses privilèges.
E.
PS : merci pour le lien vers l’explication du financement de la projection numérique. Taxer les économies des distributeurs pour les refiler aux exploitants (ceux qui ont le plus à débourser dans l’affaire), ma foi c’est futé. C’est complètement crétin aussi, à trop vouloir reproduire artificiellement la structure de coûts associée à la technologie passée.
C’est d’ailleurs assez symptomatique de l’approche du passage au numérique (et particulièrement du partage de fichiers) par l’industrie : on pense en termes de préservation de modèles économiques et industriels, absolument pas en termes de diffusion et d’accessibilité des films.
Evidemment mon coeur balance, car tes arguments pointent aux bons endroits...
25% des NON spectateurs de salles de ciné sont effectivement des jeunes couples avec enfant(s) (si tu peux mettre la main sur la parution cannoise de Côté Cinéma qui publie cette enquête).
Le téléchargement illégal d'un film peut servir à convaincre le spectateur d'aller en salle - c'est parfois vrai : Bienvenue chez les Ch'tis est le film le plus téléchargé illégalement ET sur la même période celui qui a été le plus vu au cinéma en 2008 DONC le téléchargement illégal a convaincu les spectateurs de franchir nos portes... Mauvaise foi ? La moitié des gamins qui sont venus voir chez "moi" Fast and Furious 4 l'avait déjà vu sur le net et semble l'avoir jugé suffisamment "intéressant" pour payer leur place...
Une diffusion unique en télé ne tue pas la carrière d'un film en salle : je pourrais être d'accord mais les films qui en ont fait l'objet se logent dans des "niches" (Ressources Humaines, la Journée de la Jupe, prochainement Home de Yann Arthus Bertrand distribué par Besson-le-pas-fin fait figure d'exception, quoi qu'il s'agit d'un documentaire). Difficile de mesurer l'impact car une grande part d'exploitants de salles sont braqués contre cette méthode de diffusion et donc ne les programment pas, tout simplement !!! En tout cas ça n'a pas empêché ces films de vivre en salles, porté par un bouche à oreille favorable. Quant à tester avec des blockbusters, je suis plus sceptique : ce sont des films à consommation instantanée dont la carrière serait encore raccourcie, et deviendraient alors inaccessibles voire improductifs pour les plus petits réseaux de salles qui ont besoin de quelques grosses machines par an pour renflouer les caisses !!!
Recréer les meilleures conditions de rencontre entre les films, les salles et les publics en n'étant pas seulement en attente des plans de sorties des majors : pas forcèment une rupture de la chronologie des médias, explication(s).
Défendre ses privilèges ? Pour moi - mais je suis forcément partial - le seul privilège d'un cinéma est d'être et de rester le premier et seul endroit où l'on découvre un film dans les meilleures conditions, techniques et... sociales, c'est à dire avec d'autres humains, spectateurs, artistes, avec tous les "faiseurs" et les "regardeurs". C'est je crois cet aspect social qu'il faut reconquérir et cela implique une profonde remise en cause de tout le système du métier, des métiers du cinéma. C'est sans équivoque un enseignement à tirer des usages des internautes : les échanges (d'avis ou d'oeuvres) légaux ou pas recréent un lien "social-virtuel" que beaucoup de salles ont sacrifié sur l'autel du "seulement" commercial.
Comment faire ? Rendre la diffusion des films moins coûteuse aux exploitants afin qu'ils puissent davantage animer leurs salles et médiatiser localement leur travail et leur programmation ? Payer un peu moins la notoriété des artistes et un peu plus leur présence auprès des spectateurs ? Car il en va effectivement du maintien de la diversité de création et de diffusion, ainsi que de l'accès de tous à la culture - au sens le plus large.
Et je reviens sur cette histoire de « privilège » (formule un brin provoc’, j’assume ^^)(d’ailleurs que tu écrives « être et rester » ça fait très conservateur assis sur ses acquis, dis-moi !).
Dans les grandes lignes je suis d’accord avec ce que tu dis.
Mais j’ai un peu de mal avec le fait que le cinéma soit, par nature, le premier endroit où on découvre un film. Je ne dis pas qu’une chronologie des média plus resserrée ne serait pas une concurrence pour la salle, mais je pense que le premier problème reste la concurrence entre (réseaux de) salles notamment dans la répartition des copies (alors que justement le numérique aurait pu permettre des choses bien *... moi aussi je suis naif), en gros l’équilibre de la filière « exploitation en salle », plutôt qu’entre filières de diffusion qui en bien des points sont complémentaires.
Par contre oui, la salle est sans doute l’endroit où ont réunies les meilleures conditions pour voir un film. En particulier techniques... car comme tu dis le coté social est à reconquérir. A priori je ne me fais pas plus de soucis que ça, la salle étant le seul endroit où faire venir une équipe de film ou des critiques pour parler des films et partager avec le public.
Mais j’ai une petite anecdote à partager. Quand il y a quelques jour j’ai lu ta réponse (je ne réponds que maintenant mais j’avais lu avant) qui mettait en avant ce point je m’étais fait la réflexion que le coté social n’était pas vraiment ce qui m’attirait en salle. Bien sur, il m’arrive d’y aller à plusieurs, mais le cinéma est rarement une « sortie » (avec film choisi au pif pour meubler), j’ai envie de voir un film et après je vois qui peut bien m’y accompagner. D’où j’ai conclu que le coté social du cinéma ne m’intéressait pas. Un peu vite. Car en fait ce coté social je le retrouve sur le net, à travers les forums ou les blogs.
Les salles vont devoir apporter un plus par rapport aux interactions rendues possibles par le net.
* encore une fois je suis peut-être naïf, mais un système sain serait un marché où la demande commanderait l’offre (un exploitant souhaite projeter un film, il obtient une copie auprès du distributeur) et pas le contraire (le distributeur à tant de thunes, donc il peut tirer tant de copies, que les exploitants se partagent, les gros en premier bien entendu). Ce qu’à priori permettrait le numérique, une copie numérique ayant un coût marginal quasi nul – j’y croyais encore avant de lire ton pdf :’(
PS : 100% d’accord avec ton dernier point.
(et ça rejoint ce que je dis juste au dessus : il faut le plus possible permettre à l’exploitant de réaliser la programmation qu’il souhaite, faire de lui le véritable artisan de la diffusion en salle des films, pas les producteurs/distributeurs/cie...)
Gardons l'idée que la salle est le meilleur endroit pour voir les films. Je conçois que d'autres canaux de diffusion peuvent aussi amener à en découvrir. Jusqu'à aujourd'hui l'économie globale de l'exploitation s'appuie sur cette fenêtre de tir "privilégiée" : l'exclusivité chronologique. Qui d'un certain point de vue "nous" rend moins indispensables l'animation, le social, l'humain, la rencontre, le "commerce" de l'affaire étant régi par l'inédit. Enlève ce privilège et c'est tout un pan de spectateurs qui désertera les salles si - par exemple - les films sont disponibles ailleurs en même temps ou avant. C'est du moins sans doute vrai pour les blockbusters.
Les films moins "mainstream" eux pourraient profiter de ces autres fenêtres d'exposition - si à l'autre bout de la chaîne les exploitants de salles accèdent plus facilement aux copies. Mais sans cette "facilitation" d'accès, tu vois d'ici le déséquilibre qui persistera entre les gros et les petits, au sein des exploitants ET entre les différents canaux de diffusion. C'est déjà pour cette raison qu'il n'y a pas de film-annonces de ciné dans les écrans pubs des télés.
"ce coté social je le retrouve sur le net, à travers les forums ou les blogs" On est bien d'accord, et les fondateurs d'allociné l'avaient bien compris : d'après les études qu'ils ont commandé, pour 80% des spectateurs de ciné, internet est la meilleure source d'infos concernant le cinéma* ! Alors voir une grande partie des exploitants participer au lobbying pro-hadopi me reste en travers de la gorge, tant ils doivent à internet d'avoir encore des spectateurs dans leurs salles : incompréhension générationnelle ?
Admettons qu'il n'y aura plus de chronologie des médias, plus de plans de sorties imposés par les distributeurs et que les exploitants seront libres d'accèder à tous les films (oh quel étrange rêve !) quels seraient leurs arguments pour convaincre les spectateurs de franchir leurs portes ? L'aspect technique/technologique ne suffit pas, la 3D sera bientôt accessible à la maison. Des politiques d'animation culturelle plus fortes et fréquentes, rencontres artistes/spectateurs, soirée à thèmes, rétrospectives, cycles... que l'exploitant mettrait en place en fonction de la connaissance qu'il a de son territoire, de ses spectateurs, des institutions et médias locaux (pour moi c'est ça le "social", au delà de la sortie entre pôtes). Et redonner ainsi aux salles une plus-value face aux autres diffuseurs.
Voeux pieux ? C'est toujours l'argent le nerf de la guerre or la communication, la médiation culturelle, c'est du temps, du travail de terrain, de recherches difficilement quantifiables. On peut aussi se demander si des salles géantes façon multiplexe résisteront à la multiplicité des modes de diffusion du film, ne vaut-il mieux pas des salles plus petites mieux remplies et plus "vivantes". Quid aussi des contenus alternatifs (opéra, concerts, retransmission d'événements sportifs, tournoi de jeux video...) qui semblent intéresser mais restent hors des circuits économiques relativement mutualistes de l'exploitation ciné classique...
Bref je me demande bien ce que sera le lieu du cinéma de demain ? Faut-il encore parler de cinémas : des lieux de projection polyvalents, salles d'images en tout genre ? Ca fait un moment que je souhaite écrire à ce sujet : imaginer ce lieu qui n'existe pas encore, entre cinéma, théâtre et audiovisuel, commerce et culture, entre phénomène de société et expression artistique... Faut vraiment que je m'y mette !
*de là à dire que le téléchargement illégal de films est une source d'infos, pourquoi pas ? Quand on pense que les exploitants ne voient pas un cinquième des films qu'ils programment...