Restez connectés !

  • Flux RSS des articles

Recommander

Lundi 31 août 2009

Il y aura prochainement dans "envoyé spécial" un reportage consacré au mal-nommé "piratage" tourné à Vierzon. Et c'est fou le nombre de médias qui appellent en ce moment l'exploitant des lieux pour en savoir plus : TF1 (qui a viré un de ses cadres pour prise de position anti-hadopi) Europe 1, RTL, France 3...

Mais c'est curieux comme tout va toujours dans le même sens, concluant par la nécessité de la mise en place d'une nouvelle mouture d'hadopi... Ce que ça m'inspire ?

A quoi sert de passer à la projo numérique si tout est fait pour empêcher de profiter de la seule vraie révolution qu'elle offre : la fin de la contrainte physique du support des oeuvres ??? Autrement dit : pourquoi adhérer au numérique si cela ne permet pas à tous les exploitants de toutes les salles d'accéder plus vite à tous les films pour un moindre coût (pour l'exploitant comme le spectateur) ?

La 3D - ouais, bof, les jeux videos l'imposeront dans nos salons avant que toutes les salles soient équipées, non ?

Hollywood se monte le Berrichon


Le Ciné Lumière de Vierzon (Cher) est dans le collimateur des majors américaines depuis qu’un certain « THX fuck » pirate des films depuis les salles du cinéma.

par Mourad Guichard

lundi 31 août 2009

Depuis trois ans, l’équipe du Ciné Lumière de Vierzon n’affiche qu’une ambition  : coincer « THX fuck ». Ce pirate berrichon, repéré en 2006 par les majors hollywoodiennes, leur a déjà pompé six longs métrages en filmant la projection depuis la salle. Au palmarès de ce Mozart de la capture, Spiderman III, Yes Man, le second épisode du Che de Steven Soderbergh, Walkyrie, le Jour où la Terre s’arrêta et Slumdog Millionnaire. Des vidéos évidemment destinées à alimenter les réseaux de téléchargement peer to peer.

A ce stade de l’affaire, la rancœur est ferme et tenace chez l’exploitant. « Si je le coince, je n’hésiterai pas. J’appellerai les flics et il ira en taule », assure Jean Chenudet, le responsable des cabines de projection, qui craint pour sa place. « Un jour, à force d’être piratés, les grands distributeurs refuseront de nous louer des films. A quoi servirait alors un projectionniste sans programmation  ? »

Cette mésaventure, qui a plongé le cinéma vierzonnais au cœur d’une polémique avec les studios américains, a débuté en mai 2006 avec Spiderman III de Sam Raimi. L’événement est considérable et une avant-première mondiale avait même été organisée la veille de la sortie française sur les Champs-Elysées. Le premier mercredi du mois, le Ciné Lumière projette le blockbuster. « Et le lendemain de la projection, nous recevons un appel des studios Columbia, se souvient Jacques Reyboubet, le directeur d’exploitation. Ils nous informent que nous avons été piratés. La nouvelle nous plombe, mais nous préférons la garder secrète. Nous attendons pour mieux appréhender le pirate la fois suivante. »

Peu après, en prévision de la sortie de Pirates des Caraïbes III, un titre de circonstance, l’équipe fait appel aux agents de l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa). Deux hommes sont dépêchés sur place pour traquer le spectateur doté d’un caméscope numérique, d’un téléphone portable ou d’un autre matériel d’enregistrement. Dans un premier temps, les détectives soupçonnent le projectionniste d’être à l’origine du piratage. Durant la diffusion du film, l’un d’eux se poste dans la cabine, à ses côtés. « Ça ne pouvait pas être moi, pour plusieurs raisons, explique Jean Chenudet. L’angle de vue ne correspondait pas à une capture depuis la cabine. Quant aux copies de films que j’aurais pu utiliser en cachette, elles possèdent un mouchard qui permet aux professionnels de détecter tout mouvement suspect. »

Pour traquer l’inconvenant, les deux limiers s’arment de bons vieux totems publicitaires, en l’occurrence une silhouette de John Travolta grandeur nature en carton. « Nous avons placé l’un de ces totems dans la salle, face au public, confie le projectionniste. Nous avons soigneusement découpé les yeux de Travolta pour que l’agent, placé derrière, puisse observer discrètement la salle. » Une barbouzerie qui force le respect, mais qui reste vaine, malgré une planque longue de quatre jours.

Après cet épisode, THX fuck ne donne plus signe de vie. Jusqu’à novembre dernier. « Les distributeurs se sont mis à nous envoyer des notes de mise en garde, nous informant que nous avions de nouveau été piratés. Mais pour le son ce coup-ci, afin d’assurer la postsynchro de films américains ou québécois eux aussi piratés », rapporte l’équipe, visiblement lassée par ce scénario à rebondissements.

Outre l’identité et les motivations de ce pirate, une question hante les esprits  : comment les majors américaines réussissent à localiser le lieu de l’infraction  ? C’est Jean le projectionniste qui découvre la clef  : « Sur le film, un signal lumineux d’1/86e de seconde apparaît à l’écran. Invisible pour le commun des spectateurs, il contient toutes les informations sur l’origine de la copie. Il est ensuite aisé de retrouver le loueur. Pour le son, c’est la même chose grâce à un bruit presque inaudible. »

Depuis l’hiver dernier, d’autres agents détachés par la Warner ont fait irruption au Ciné Lumière. Avec la même infortune. THX fuck est toujours présent et actif sur le Net. « Je crois qu’à travers son pseudo, il adresse un message au milieu des exploitants de salles. Il nous dit  : merci les enculés qui vendez cher les places de ciné. A mon tour de vous enfiler », pense le projectionniste. C’est aussi probablement, un clin d’œil au système de certification de la qualité du son inventé par George Lucas, nommé THX en référence au premier film (THX 1138) du réalisateur de Star Wars.

Au-delà de la question du piratage, l’affaire relance la problématique du prix des places de ciné. Boudjemaa Dahmane, gérant du cinéma Les Carmes d’Orléans, producteur et ancien distributeur, juge la politique tarifaire des exploitants globalement inadaptée  : « Face à la piraterie non lucrative, la vraie réflexion doit tourner autour de la dissuasion. La généralisation du numérique dans les salles va sensiblement réduire les coûts d’exploitation. Quelle en sera la conséquence pour le spectateur à l’heure où, à Paris, nous franchissons allégrement la barre des 10 euros et où l’augmentation prévisible à court terme avoisine les 2,50 euros  ? » Il se dit « certain que le tout répressif conduira les pirates à s’adapter techniquement ».

Demain, au Ciné Lumière, comme depuis plusieurs mois, les séances débuteront par une observation scrupuleuse du public à l’aide de jumelles à visée infrarouge. Lassés, Francis Fourneau, le directeur, et son équipe se disent tout de même « satisfaits que la question de la piraterie audiovisuelle soit enfin débattue sur la place publique ».

Paru dans Libération du 31 août 2009

voir les commentaires

Par Coeur Noir - Publié dans : cinéma - Communauté : Webzine cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés